Avant tout, des nouvelles de notre cher Roméo : il a passé une radio et il a bel et bien une côté cassée. Il n’y a, hélas, pas grand-chose à faire. Juste du temps à passer. Nous le ménageons donc autant que faire se peut !
Aujourd’hui, nous avons revu la scène du balcon. La fois précédente, Yves souhaitait que cela soit plus radical, comme lorsque l'on est radical à 15 ans. Il disait aussi la nécessité de la peur, d’une sincère fragilité. « En deux secondes, Juliette donne tout, alors que, juste avant, elle avait peur. » Il manquait la folie de cette scène (Juliette propose tout de même à Roméo de se marier alors qu’ils ne se sont croisés que quelques heures auparavant et ont juste échangé un baiser.)
Yves relate un fait divers : deux jeunes amoureux ont passé la nuit dans un champs de blé et, au petit matin, un tracteur les a fauchés. Il y a quelque chose de la tragédie de Roméo et Juliette dans cette histoire, quelque chose qui serre la gorge. C’est trop fou pour que cela soit possible.
Alors aujourd’hui, lorsque Gilian et Matilde se sont attaqué à cette scène, il y avait comme l’écho de la voix d’Yves qui résonnait encore : « Dévorez-vous. »
Cet après-midi, un petit quelque chose a scintillé. Comme une petite étincelle qui pourrait être le prémisse d’un immense brasier.
« Nous sommes sur le bon chemin » affirme Yves.
Comme beaucoup de comédiens étaient présents, Yves a fait quelques retours sur le filage de jeudi dernier. Pour parler de son impression générale, il évoque l’image du saucisson avec des tranches de boudin blanc et de chorizo. Des choses qui semblaient très justes séparément sont à revoir et à repenser dans leur ensemble. Tout ne va pas de soi.
Yves dit aussi : « Le tragique m’a manqué. » Pour lui, dès la scène de rencontre entre les deux jeunes héros, c’est comme si on entendait un chronomètre. Sorte de compte à rebours.
Et pour que l’on sente cette pression-là, il ne faut pas « être gentil » sur le plateau. Yves a trop senti que cette équipe s’apprécie beaucoup et il sait le danger que cela peut constituer. Alors, il engage chacun à dépasser cette pudeur et à convoquer sa part obscure.
Il est aussi question de la place et du rôle du Prince. Dans la mise en scène d’Yves, il s’agit d’une voix off, prise en charge par le comédien Pierre Laroche. Seulement, le traitement de l’enregistrement et sa fonction ne sont pas évidents. Yves dit que c’est pour lui comme une petite voix intérieure qui dit ce que chacun pense, une figure importante symboliquement et dramaturgiquement. Et que la grande caractéristique du Prince est qu’il parle mais qu’on ne semble pas l’écouter (comme une figure de père ?) La discussion ouvre des perspectives et débouche sur le plan politique. Nous sentons Yves encore très en recherche. Et c’est, sans aucun doute, pour le mieux.
Phrase du jour :
« S’il y a souffrance, c’est qu’il y a vie. »
Jean-Daniel, notre cher costumier
Leçon néerlandaise :
Dans la catégorie le flamand ne cessera donc jamais de nous étonner…
Pour dire qu’il ne faut pas en faire tout un plat, le néerlandais dit qu’il ne faut pas faire du moustique un éléphant.